Hablo, des irréductibles
340 habitants et 12 km2
Détail d’importance pour tout citadin en manque de repères : la première boulangerie se trouve à 6 kilomètres.
Autant dire que tu es ici dans une contrée où l’on ne sort pas acheter une baguette sans avoir préalablement vérifié le niveau de carburant de sa voiture.
Habloville est peuplée de ruraux. Des vrais. Des gens du cru, mais aussi des néo-ruraux venus de France et d’ailleurs, qui ont fait le choix audacieux de venir s’installer là où le voisin le plus proche n’est pas nécessairement à portée de voix.
Pêle-mêle, on y rencontre : des tracteurs, des vaches, des poules, le PSIG, des gens du cru, des Parisiens en transit ou sédentarisés, des Anglais so British, un Texan (ça ne s’invente pas) et même un Breton.
Une extraordinaire diversité culturelle, en somme.
Le tout dans un environnement particulièrement calme et exotique où le chant du coq tient lieu de réveil et, où l’apparition d’un bouchon de trois voitures constitue un événement digne d’être signalé dans la presse.
Et pourtant, malgré cette ample et singulière diversité, les habitants partagent une étrange caractéristique.
À l’instar des irréductibles Gaulois rendus célèbres par Uderzo et Goscinny, ils ne nourrissent aucune ambition de conquête.
Ils ne souhaitent envahir personne.
Ils ne revendiquent aucun territoire voisin.
Ils ne cherchent même pas à agrandir leur propre domaine.
Ils demandent simplement qu’on les laisse tranquilles chez eux.
Une revendication pour le moins surprenante à l’heure des grands projets, des grandes ambitions et des grands ventilateurs que sont des aérogénérateurs N131 NORDEX venus d’ailleurs apporter la civilisation dans ces contrées indigènes ?
Mais il faut les comprendre : ces gens-là sont attachés à leurs champs, leurs haies, leurs vaches, leurs poules, leurs paysages …
Bref, à tout ce qui faisait déjà très bien l’affaire ?
Ceci, avant que la fée ne découvre qu’il manquait quelque chose à l’horizon. Cinq choses pour être précis : des ventilateurs de 171 de hauteur qui ne manqueront point d’impressionner la plèbe.
Puisque l’on te dit que c’est très bien pour toi.
Des machines parfaitement proportionnées au territoire 171 mètres de haut.
Oui, 171.
Pour donner une idée de ce que cela représente, l’église Saint-Pierre de Caen culmine à 75 mètres.
Autrement dit, on te propose gentiment de disposer cinq machines formidables dans le paysage faisant chacune plus de deux fois la hauteur de cette église.
Mais rassure-toi : elles seront parfaitement intégrées.
Enfin… c’est écrit comme ça dans le dossier.
On croit rêver.